AMANDINE GURUCEAGA

opening le 4/07 de 17h à 22h/ 05 Juillet - 31 Août 2025

 Amandine Guruceaga, artiste basée à Marseille, présente à La Traverse une nouvelle exposition composée tableaux et de sculptures mêlant textile, métal brûlé et plastique recyclé. Inspirées des plantes pyrophytes, ces formes hybrides explorent la capacité du vivant à renaître après le feu. Entre fragilité et puissance, l’œuvre trace un chemin de résilience et une réflexion sur la métamorphose du monde.

projet réalisé avec le soutien de la Région Sud Provence-alpes-côte-d'azur
 

@latraverse_café : Ivresse la cave occupe le patio, le café est ouvert jusqu'au 31 août. Ils servent des cafés, jus frais, vins natures & déjeuner toute la journée. 

Horaires d'ouverture : Mercredi, jeudi: 11h- 17h

vendredi, samedi: 11H-120H,

sans réservation.

 

Texte d'exposition

FUEGOPHILLIA

Amandine Guruceaga

« Le feu suggère le désir de changer, de brusquer le temps de porter toute la vie à son terme, à son au-delà. Alors la rêverie est vraiment prenante et dramatique ; elle amplifie le destin humain ; elle relie le petit au grand, le foyer au volcan, la vue d’une bûche et la vue d’un monde. L’être fasciné entend l’appel du bûcher. Pour lui la destruction est plus qu’un changement, c’est un renouvellement. »

Gaston Bachelard, Psychanalyse du Feu, 19381

L’amitié qu’Amandine Guruceaga voue au feu prend naissance dans la contemplation du four utilisé par ses parents, émailleurs sur métaux de profession. Se dessinent en creux certains fondamentaux de sa pratique : l’observation des gestes et techniques artisanales ; l’apprivoisement du modelage de la matière, avant qu’elle ne soit léchée par les flammes ; l’appréciation des variations chromatiques des émaux, appliqués en gestes picturaux, puis fondus ou vitrifiés. Guruceaga contourne, depuis, l’apparente immuabilité des matériaux par le biais de divers savoir-faire ancestraux et de procédés plastiques expérimentaux qu’elle a imaginés.

La résilience opère comme une matrice et trouve une triple acception dans son œuvre : celle de la résistance d’un matériau après un choc (on parle de coefficient de résilience) ; celle, par extension dans le champ écologique, d’un système vivant à résister à des perturbations et à revenir à l’équilibre ; enfin, la capacité psychologique à rebondir (à l’étymologie même du mot, du latin salire — sauter), à dépasser ou survivre à un traumatisme.

Guruceaga s’est ainsi passionnée pour les plantes pyrophytes – dont la particularité est de résister ou tirer profit des incendies pour se reproduire. Tandis que des espèces comme le chêne liège ou le séquoia géant se protègent grâce à l’épaisseur de leur écorce, pour d’autres, à l’image des cistes ou du pin d’Alep, la germination sera favorisée par la chaleur extrême. L’eucalyptus est un cas unique : il produit des vapeurs inflammables qui favorisent la combustion, et conserve à l’issue de l’embrasement son hégémonie territoriale. Ces diverses stratégies de résistance ou d’adaptation au feu ont constitué un terreau de réflexion pour l’artiste, qui adopte, dans son engagement politique et environnemental, une posture tournée vers l’exploration des réponses contemporaines et ancestrales — comme le brûlage préventif pratiqué par les peuples autochtones — face aux ravages du réchauffement climatique.

Ainsi dans Fuegophillia, le feu sort du foyer pour dévorer le paysage et le féconder. Cette ambivalence se traduit par des compositions picturales alliant des tissus teints et tendus sur châssis au cuivre ou laiton brûlé. This Fire That Licks the Landscape, qui s’étend sur plus de deux mètres, s’offre comme une plongée ambigüe dans un paysage crépusculaire dominé par le rouge cramoisi, le vert tilleul, le rose fuchsia et le cuivre roussi, déployés sur une étendue bleu céleste délavée. Les sculptures invoquent la fertilité par des graines aériennes, conçues à partir de textiles gonflés de mousse expansive, disproportionnées, presque exagérément dilatées dans l’espace habituellement réservé aux branches. Les troncs noirs qui les soutiennent sont en PVC recyclé et modelés à chaud à leur sortie de l’extrudeuse. Guruceaga contorsionne leur texture caoutchouteuse et reptilienne, rappelant l’image sinistrement contemporaine d’une roue de véhicule fondue sur le bitume. Graines (fleurs ou fruits) et troncs sont reliés par des bandes de tissu ou des cordes suspendus, créant une esthétique d’assemblage qui évoque un corps en rémission. L’artiste emploie d’ailleurs dans ses titres un champ lexical chirurgical et biologique : La Greffe, 3 Embryos Fire, 2 cœurs 2 nœuds.

C’est dès lors vers une éthique de la sollicitude que Guruceaga oriente son geste – attentive à privilégier l’emploi de matériaux issus de la récupération ou recyclables – y compris lorsqu’ils sont d’origine synthétique. Dans des conditions de vie de plus en plus extrêmes, les œuvres de Fuegophillia provoquent un contraste d’une intensité presque hallucinatoire entre puissance vitale et anéantissement. La composition musicale immersive du groupe de rock psychédélique français Moodoïd, conçue pour l’exposition, agit comme un liant vibratoire entre les œuvres, tissant une transe sonore à la fois expérimentale et fantasmagorique. L’état d’alarme permanent et la rêverie devant le feu forment une cohabitation archaïque qui soumet pourtant notre espèce à certaines limites de soutenabilité. Au large, cette même tension habite l’horizon – le miroitement méditatif des vagues de l’anse de Malmousque venant se briser sur le rocher des Pendus.

Clara Darrason

1 BACHELARD Gaston, La psychanalyse du feu, Paris, Éditions Gallimard, 1985, p. 39.

Exposition du 5/07 au 31/08/25